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Valérie Péala
Psychologue clinicienne



Cabinet de Psychothérapie
Rambouillet - 78

Articles

Que nous soyons enfants, adolescents ou adultes, la perte d’un être cher reste une amputation à vif. Nous pourrions ici aussi parler du « membre » fantôme, celui que nous avons perdu et avec lequel nous devons apprendre à faire sans dans notre vie.

♦ DEUIL ET ENFANCE

Psychologue pour soigner le deuil rambouillet

La façon de comprendre et d’intégrer la mort sera différente selon l’âge, la personnalité et l’histoire de chacun mais son caractère définitif et inéluctable ne pourra commencer à être abordable qu’autour de 7 ans.

Avant cet âge, le monde de l’enfant est principalement régi par ce que l’on nomme « le principe de plaisir », un monde où tout est possible, où tout peut être créé et inventé. Il joue à mourir mais est sauvé par superman ; il peut disparaitre sous une cape d’invisibilité mais être repéré par la princesse: une suite de jeux comme dans les dessins animés où on ne meurt jamais vraiment et où ressusciter est monnaie courante.

Au-delà de 7 ans et grâce à l’avancée dans son « développement psychoaffectif », l’enfant intègre le caractère irréversible de la mort, ce qui lui permet de questionner l’adulte même si cela se fait de façon abrupte.

Aussi difficile que cela soit, il est important de dire la vérité avec les mots adéquats selon l’âge de l’enfant. Mentir ou cacher des informations peut véritablement lui nuire et faire naître en lui le sentiment d’être délaissé ou coupable de la situation.

Il est primordial de l’accompagner et de l’aider dans l’expression de ses émotions et de ses sensations et de lui permettre d’être présent à la cérémonie si il le désire.

♦ ETAPES DU DEUIL

Quand le deuil frappe, chaque être aura une façon bien particulière de l’exprimer soit dans le silence soit avec des larmes ou des cris ou autre.

Les étapes se suivent, se chevauchent avec des avancées et des reculs : rien de moins normal pour intégrer peu à peu que l’être cher n’est plus à nos côtés.

Il n’y a aucune « bonne façon » de le vivre car l’annonce crée une effraction dans l’équilibre tant intérieur qu’extérieur pouvant être accompagnée d’un état de stupeur, de sidération ou de choc.

Puis le déni montrera le bout de son nez ; un mécanisme de défense permettant de nier la réalité de la perte le temps nécessaire pour gérer la souffrance psychique.

La « culpabilité » de ne pas avoir été plus présent ou d’avoir eu des échanges houleux avant le décès peut plonger la personne dans une phase de remords fort difficile à gérer émotionnellement, parfois mêlée de « colère », de « révolte » contre le disparu, contre soi ou contre une personne de l’entourage.

Selon la maturité affective, une phase de « marchandage » ou de « négociation » avec la réalité s’installe : si je pose tel acte, peut-être reviendra-t-elle ? si je pense fort à lui, peut-être vais-je le revoir ?

Accepter peu à peu la réalité ne se fait pas de façon linéaire mais chaque étape est à traverser pour ensuite accéder à une phase normalement dépressive. La perte est ici vécue pleinement et provoque un remaniement du monde intérieur où cet autre ne sera définitivement plus présent. Une tristesse intense, un désespoir peuvent jalonner cette traversée.

Au fil du temps, « se résigner » à cette perte vient révéler que le processus d’« acceptation » et ensuite de « reconstruction » sont en chemin. Il s’agira effectivement d’abandonner la lutte contre la réalité et pouvoir ainsi s’ouvrir à nouveau aux souvenirs heureux ou moins heureux sans s’effondrer, s’ouvrir à nouveau pleinement aux autres, à soi-même et dans sa vie.

 

Cette description fait fi des blocages qui peuvent apparaitre à certains stades du deuil et auquel l’entourage familial ou amical doit rester vigilant.

Demeurer prisonnier de sa colère ou de sa culpabilité ou de sa dépression est signe qu’une égratignure a rayé le disque et est peut-être en train d’ouvrir sur une souffrance voire une désespérance en forme de trou noir.

Malheureusement, aucun temps ne peut définir chaque étape, d’autant plus que des allers et retours ne cessent de s’effectuer pour pouvoir intégrer au fur et à mesure cette dure réalité. Une détresse persistante doit mettre la puce à l’oreille et suggérer la mise en place d’un soutien médicamenteux et parfois psychologique.

♦ DEUIL ET TROUBLES ASSOCIES

Des troubles de l’attention et de la concentration sont monnaies courantes ainsi qu’au niveau de l’apprentissage ou du comportement comme l’agressivité ou au contraire l’indifférence. Le sommeil, l’alimentation peuvent être également signes de souffrance en trop ou trop peu ainsi que des manifestations et plaintes psychosomatiques inhabituelles : douleurs diverses, paralysies et humeur dépressive.

♦ DEUIL ET PRECARITE

Le deuil peut toucher n’importe qui, à n’importe quel moment de la vie et venir frapper un être une fois, deux fois et plus.

Lorsque le deuil d’un parent atteint un enfant ou un pré- adolescent en pleine construction de sa personnalité, de ses limites et de ses capacités, cela fait chanceler tout son monde et peut le précipiter dans différentes formes de précarité.

• Précarité familiale

Perdre sa mère ou son substitut maternel c’est perdre le nid douillet, le soin au quotidien dispensé par le « yin » de la famille et qui s’exprimait au travers des attentions, des repas, du soutien par le regard, le toucher, la parole représentant un soin global porté à la famille dans son aspect féminin. Lorsque c’est le père qui disparait ou le substitut paternel, c’est l’aspect « yang » qui va faire défaut au travers de la force qu’il symbolisait et qui propulsait l’enfant vers l’extérieur, l’autre, le différent et la sécurité financière qu’il apportait.

Nous sommes bien d’accord que cette description est un « cliché », la mère pouvant apporter autant de sécurité financière que le père et celui-ci pouvant être très présent dans le soin à ses enfants d’où les notions de « yin » et de « yang » pouvant être plus personnifié par l’un ou l’autre des parents.

Perdre les deux ne laisse pas beaucoup de répit sauf le choix du repli en soi.
 

Devenir orphelin de père ou de mère ou des deux, plonge le concerné non seulement dans le deuil mais également dans des difficultés familiales et une désolation plus ou moins dense et extrême. Tout dépend de la présence ou de l’absence rassurante de l’autre parent ou de la famille ou substituts dont certains membres voire un(e) seul(e)peut devenir le tuteur de l’orphelin.

Il est à souhaiter que l’enfant ait connu son ou ses parents suffisamment longtemps pour avoir pu « s’imprégner » d’eux, de leur regard, leur attention et leurs mots afin de constituer un socle sur lequel il pourra, en lui, s’appuyer.

• Précarité sociale et financière

N’oublions pas que le deuil peut écourter l’enfance, dans son aspect magique et tout puissant si le contexte devient chaotique et le précipiter dans des difficultés socio-économiques. Nous sommes dans des cas extrêmes mais qui existent.

L’AFPSSU dénombre 800.000 orphelins en 2016 de père ou mère ou les deux, de moins de 25 ans, correspondant à un jeune par classe.

Si le soutien financier n’est plus, le jeune peut voir ses projets d’avenir basculer vers l’oubli et connaitre des responsabilités qu’il n’était pas prêt à prendre en charge.

C’est ainsi que l’on peut observer ces jeunes se rallier à des groupes afin de « se nicher » à nouveau dans ce qui semble être stable. Si ce n’est pas le cas, cela va venir renforcer le sentiment de solitude et parfois accompagner d’errances.

• Précarité affective et psychologique

La perte des repères habituels et le manque de soutien vont favoriser les sensations de vide intérieur, d’abandon et de profonde solitude, projetant le jeune dans une course éperdue de reconnaissance et de recherche de tiers pouvant palier au vide.

Les troubles d’identité sont fréquents : qui suis-je ? de quoi suis-je capable ? et s’additionne à une instabilité émotionnelle, passant de l’idéalisation d’une relation à de profondes déceptions.

Faire confiance en autrui peut ainsi devenir complexe et précipiter des mécanismes défensifs de retrait et de jalousie dans les relations inter-personnelles.

La honte est souvent présente concernant sa situation globale et favorise le silence et l’isolement affectif. Se sentir étrangers aux yeux des autres et à ses propres yeux malmène profondément l’estime de soi.

♦ RESILIENCE

Vivre le deuil, vivre « la double peine orpheline », sans père ni mère, ouvre la voie sur sa propre force à survivre, même si c’est avec la rage du désespoir.

La notion de « Résilience » que développe Boris Cyrulnik souligne bien notre capacité à transformer de profondes douleurs en tremplin vers une nouvelle création de vie.

Aussi douloureux, longs et catastrophiques qu’ont pu être les épreuves, cette capacité de re-naître à nous-même est à jamais lové à l’intérieur de nous. Il suffit d’un signe, d’un regard aussi minimes soient-ils pour permettre de s’accrocher à la vie, même si cela se fait au bord de l’ongle.

Des « tuteurs de résilience » peuvent être ces personnes rencontrées parfois un instant, parfois plus longtemps et qui vont guider, soutenir et stimuler ce qui demande nouvellement à prendre forme ; à aider à reprendre confiance peu à peu et à créer de nouveaux projets et une nouvelle vie.

Y croire.

Valérie Péala

Psychologue, Gestalt-Thérapeute

 

 

Références :

  • Elisabeth kubler-Ross “Sur le chagrin et sur le deuil”mars 2011 essai, poche
  • Boris Cyrulnik ”parler d’amour au bord du gouffre” odile jacob 2004
  • Hélène Moreno, article “accompagner l’enfant sur le chemin du chagrin”n°273 journal des psychologues
  • Etudes dress n°668 oct 2008
  • AFPSSU (Association française pour la promotion de la santé dans l'environnement scolaire et universitaire) « l’enfant orphelin » dossier juillet-aout 2013

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Les posts proposés n’auront rien de théorique. Le but, ici recherché, étant de rendre accessible un langage qui, au fil des décennies, est devenu source d’incompréhensions et d’interprétations sauvages.
Il va donc être question, bien humblement, de migrer d’un langage intellectuel parfois inintelligible à un langage du cœur basé sur une expérience de vie tout autant professionnelle que personnelle et ainsi créer une alliance avec le lecteur.
Bonne lecture à vous.
Valérie Péala

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